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21 mai 2019
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Kaguitte ! Le nom de cette bourgade suscitait beaucoup d’espoirs chez les populations de la région naturelle de la Casamance. Après trente ans de conflit, Kaguitte a tourné la page sombre de son histoire et a entamé sa renaissance sur les cendres de son marché hebdomadaire.

Naguère haut lieux d’intenses échanges commerciaux, Kaguitte se situe dans l’Arrondissement de Niassya qui comprend les communautés rurales d’Enanpor et Niassya. Cette zone reste l’une des plus belles parties de la Basse Casamance. Et la bourgade de Kaguitte constituait une vraie attraction. Elle fut un carrefour commercial entre le département d’Oussouye, de Bignona, de Ziguinchor et de la Guinée-Bissau. Ce qui lui donnait à la fin des années 1990, le statut de poumon économique du département de Ziguinchor. Son marché hebdomadaire n’avait rien à envier ceux des autres localités du Sénégal. Il drainait les petits et les grands commerçants de toute l’Afrique de l’Ouest.

L’huile de palme, les fruits sauvages et domestiques, les produits agricoles et les produits halieutiques faisaient sa richesse. Les cases et les huttes cédaient place aux constructions en dur ou en banco. Les étals des coins de rues disparaissent au profit des boutiques. Signe de prospérité et de développement.  Les populations ignoraient la cherté de la vie et ne projetaient nullement de s’installer dans les grandes villes du Sénégal. C’était la concurrence chez les enseignants pour servir dans cette localité qui est à cheval entre le département de Ziguinchor et d’Oussouye.

Les villages de Badème, Bafican, Darsalam, Diokher, Toubacouta, Kaïlou, Kaléane, Séléki pour ne citer que ces quelques y écouler leurs produits. Mais pas pour longtemps. Les combats qui ont recommencé en avril 1990 dans la région naturelle de la Casamance après les accrochages de décembre 1982 ont tout chamboulé. Plus grave encore, Kaguitte fut le théâtre d’affrontements d’une part entre l’armée sénégalaise et bissau-guinéenne et d’autre part entre les éléments d’Atika (branche armée du Mfdc) et l’armée sénégalaise.

En trois ans, Kaguitte s’est vidé de sa sève nourricière. C’est-à-dire ses habitants. Ces derniers ont pris les pistes, les labyrinthes, les chantiers, les routes, les fleuves qui mènent à Ziguinchor, Oussouye, Guinée-Bissau, Gambie et Dakar laissant derrière eux les maisons, les vergers, les rizières, les bras de fleuves riches en fruits de mer, etc. Trente ans après Kaguitte a fini de tourner cette page sombre de son histoire.

Aujourd’hui, ce village a amorcé sa renaissance. L’Union des jeunes de Kaguitte et environs est en train de travailler pour le retour des populations déplacées. A cet effet, ils organisent des Journées dites « Retrouvailles de Kaguitte ». Elles regroupent les populations de Bouniak, Kassou Sénégal et Kaguitte. L’objectif est de réfléchir sur la cohésion sociale et la gestion des ressources naturelles.     Les populations qui s’étaient déplacées regagnent petit à petit leurs foyers. « Si le gouvernement et le Mfdc négocient pour la paix, il faudrait aussi que les communautés s’y mettent pour une paix définitive. Il faut pardonner, moi j’ai perdu mon père dans ce conflit mais je suis le premier à pardonner», laisse entendre Daouda Diémé, Président de l’Union des Jeunes de Kaguitte dans un article paru dans Rewmi du 10 octobre 2015.

En avril 2017, Kaguitte a ouvert une nouvelle PAGE de son histoire en abritant le défilé décentralisé de l’Arrondissement de Nyassia.

Vive la paix !

Vive Kaguitte !

Vive la Casamance !

Vive le Sénégal !

Par Talibouye AIDARA

Journaliste/Communicant

Email : aidara.or.t@gmail.com

20 mai 2019
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Depuis plus d’un an, la magistrature traverse des moments très difficiles. Qu’en est-il sur le droit de réserve des magistrats? Certains l’ont oublié en fusillant leurs collègues. Ils ont démarré par Mamadou Badio Camara : premier président près la cour suprême ensuite Henry Grégoire : Premier président de la cour de répression de l’enrichissement illicite et pour finir ils veulent envoyer le procureur général Cheikh Tidiane Diallo à la retraite. Il est de mon devoir en ma qualité de magistrat à la retraite, ancien chef de juridiction et membre du conseil supérieur de la magistrature de rétablir la vérité sur l’article paru le samedi 18 mai 2019 du journal Walf Quotidien sur l’âge de la retraite des magistrats.

La loi organique fixe l’âge à 68 ans. La limite d’âge des magistrats occupant les fonctions de premier président, de procureur général et de président de chambre à la cour suprême. Il en est de même pour les magistrats occupant les fonctions de premier président et de procureur général d’une cour d’appel.

En lisant le contenu, l’auteur maladroit en voulant faire sa promotion a cité son nom ainsi que son parcours d’une trentaine d’années dans la magistrature.

Bien que tout vice verse dans le cœur humain le poison de l’adversaire, c’est l’envie qui permet au serpent de cracher son venin le plus secret et vomir la peste de sa méchanceté pour la faire partager.

Juste un petit rappel sur le parcours élogieux du discret magistrat cheikh Tidiane Diallo

– juge d’instruction au tribunal régional de saint Louis

– président du tribunal régional de Kaolack

– président du tribunal régional de Diourbel

– Directeur de cabinet du ministre d’État, ministre des affaires étrangères

– Directeur de cabinet du ministre d’État, ministre de l’intérieur

– Président de chambre à la cour d’appel

– Directeur de cabinet du ministre de la communication

– Inspecteur général de l’administration de la justice

– Directeur de l’administration pénitentiaire durant 10 ans

– Directeur des affaires civiles et du Sceaux

– Secrétaire Général du ministère de la justice

Et enfin Procureur général près la cour d’appel de Thiès depuis 3 ans.

Respecter le mérite des autres ne peut  jamais être un tort. On n’aime pas son ennemi, mais on peut le respecter.

Magistrat à la retraite

19 mai 2019
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Des noms ont été avancés pour diriger le dialogue ça et là. Mais, Abdou Latif Coulibaly estime qu’il ne faut pas se focaliser sur des noms mais, plutôt sur les procédures et les consensus car, selon l’ancien ministre et ancien porte-parole du Gouvernement, la focalisation sur des personnes peut engendrer des difficultés. «Faisons moins la fixation sur les hommes que sur les procédures qui seront mises en œuvre, qui sont acceptées par tout le monde. En 1992, les procédures ont été acceptées de façons consensuelles par tous les membres qui étaient à la conférence. D’ailleurs, certains ont dit que la présence de Kéba Mbaye en tant que président n’était nécessaire. Certains l’ont dit ; il y a eu des papiers pamphlétaires contre lui. Les personnes importent certes, mais les procédures et les consensus les plus importants. Je vois qu’on focalise ce dialogue sur des personnes. Ça pourrait amener des conflits qui n’ont pas des raisons d’être», a déclaré le candidat déclaré à la mairie de Sokone. Abdou Latif Coulibaly était l’invité de l’émission Le Jury du dimanche, sur iRadio.

Media28

16 mai 2019
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Une « sortie publique de Salif Sadio » est à peine annoncée, que déjà la Toile s’agite. Elle s’affole même. Que pourrait-il bien vouloir offrir ? Ou simplement déclarer ?

Et tels les bookmakers à Londres, organisant les paris sur le sexe et le prénom d’un bébé qui promet pour bientôt sa naissance dans la famille royale, les experts ès-conflit casamançais se la jouent, et rivalisent en expertises. Et, comme en Grande Bretagne, où les parieurs n’ont droit qu’à deux cases, ‘‘Masculin’’ ou ‘‘Féminin’’, une troisième case, pour ‘‘Hermaphrodite’’ par exemple, étant là-bas littéralement absente à l’anglaise, chez nous, nos fameux experts en oublieront, pour leur part, que Salif Sadio peut ne pas se présenter en personne lors de sa « sortie publique » tant annoncée.

Et il ne s’y est pas présenté personnellement. Ses « lieutenants » se chargeront pour leur part de lui faire ‘‘dire’’, ou de lui faire ‘‘faire’’ ou ‘‘agir’’. Non sans faire rentrer, en l’occurrence, dans leurs droits, ou leurs frais, c’est selon, Robert Sagna avec son GRPC et ses nombreuses Associations et autres ONG satellites.

Déjà, en automne dernier, d’aucuns faisaient dire à Salif Sadio, sur les ondes de RFI, qu’il serait, « aujourd’hui encore, à la recherche d’un « médiateur crédible » dans ce qui l’oppose à l’Etat sénégalais ». Et ce, alors même qu’il s’enorgueillissait d’avoir d’ores-et-déjà trouvé une telle pépite avec la Communauté Sant’Egidio, basée à Rome, en Italie.

Or, lors de la « sortie publique de Salif Sadio » sans Salif Sadio, il n’y aura pas de déclaration audio de celui-ci, encore moins de déclaration audio-visuelle de sa part.

Quand on connaît l’homme et sa psychologie, cela est en soi un événement, ou, à tout le moins, cela fait événement.

Mais, on va l’occulter ; on va même se refuser obstinément à lui donner sens. C’est un tabou. Et cela doit rester un tabou. Donc on se tait.

Ainsi, donc, Salif Sadio ne sera pas présent personnellement au 1er rendez-vous. Au 2nd rendez-vous, il remettra ça. Ses « lieutenants », aussi. Et l’affaire est jouée.

Pour notre part, la lecture que nous faisons de la « sortie publique de Salif Sadio » sans Salif Sadio est sans équivoque :

(i) Une nouvelle donne et, avec elle, une nouvelle dynamique sont apparues dans la faction MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance) de Salif Sadio ;

(ii) Avec ou sans Salif Sadio, la lutte continuera ;

(iii) Le « processus de Rome », jadis adulé par Salif Sadio lui-même, et si décrié de nos jours par ses « lieutenants », est dans une impasse ; et donc sans issue.

C’est dire que les Autorités, qui jouent la carte du pourrissement dans la gestion, ou plutôt la non-gestion, du conflit en Casamance, seraient bien inspirées de revoir leur copie.

Depuis Paris, le 16 mai 2019.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

14 mai 2019
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Dans les cercles initiés, on parle beaucoup de restructuration de la Poste via la recapitalisation de l’entreprise par apurement, la conversion de dettes et la privatisation d’une filiale mal gouvernée qui marche lentement vers la  bancarisation.
Il est légitime de s’interroger sur la mutation institutionnelle de Postefinances en banque postale décrite comme une panacée par le FMI qui a fait plus de mal aux PED que de bien depuis ses fameux PAS. Rappelons juste que les réalités sectorielles de la LONASE, de SONACOS, de la NEAS, de la NSTS, du CEREEQ ne sont pas les mêmes que celles de la Poste dans une démarche restructuratrice.
Aujourd’hui, à la lecture des tendances partout dans le monde, la mort des banques est décrétée et le banking est en translation vers des acteurs insoupçonnés avec l’apport de la technologie d’une part et les dynamiques de diversification d’autre part qui sont au cœur de la mondialisation des entreprises.
Déjà, on parle de l’open Banking consistant à l’ouverture et le partage des systèmes d’informations des banques avec des tiers à travers des API qui permettent d’utiliser les données des comptes clients et d’opérer sur tout un réseau en temps réel. C’est un pas de géant des nouvelles structures qui imposent aux banques le partage d’un marché qu’elles ont su jalousement gardé depuis les templiers. Sur toutes les activités « chasse gardée » des banques, de nouveaux acteurs y opèrent avec plus de transparence et de moindres coûts que l’oligarchie bancaire. A côté de ce type de partenariat, les Fintech connaissent un essor mondial, ils se proposent de repenser la finance et la banque grâce à l’innovation technologique.
La croissance des start-up qui se lancent dans un exercice éclectique à l’abolition d’un monopole des banques sur la gestion de compte, le crédit, l’épargne, le transfert et des services sur mesure qui s’adaptent aux besoins exprimés par des clients de plus en plus exigeants. Il pousse partout des réseaux de prêt P2P appelé Crowdlending et des plateformes de financement participatif comme le Crowfunding, il faut dire à ce niveau que la généralisation d’internet est un facteur d’explosion d’offres d’intermédiation banco-financière hors des canaux classiques.
La diversification enclenchée dans ce siècle dans le domaine bancaire dépasse de loin la théorie d’Ansoff. D’abord Apple qui après avoir intégré la puce NFC à ses nouveaux iphones, lance ApplePay en négociant avec de grandes structures comme Macdo, Disney store, Subway et chez plus de 220.000 commerçants équipés. Apple signe avec des mastodontes comme Bank of America, Capital One, Chase, Citi, Wells Fargo tout en nouant contrat avec les seigneurs de la CB comme Mastercard, Visa, American Express, etc. Ce geste n’est pas fortuit pour Apple (qui a une démarche soft) qui a plus de 800 millions de comptes itunes gérés.
Paypal concurrence frontalement les banques avec ses 220 millions de clients et sa présence dans 200 pays, il s’est séparé d’Ebay en 2014 (qui l’avait acheté en 2002) et lance sa solution de paiement « One Touch ».
Google n’est pas en reste dans cette dynamique hautement stratégique car il rachète Motorolla en 2012 pour 12,5 milliards $ avant de la revendre à Lenovo pour 3 milliards (je reviendrai sur cet acte intelligent).
Amazon crée en 2013 « Amazon Coin » avec 3 milliards $ qu’elle distribue sur base d’achat de ses produits.
Microsoft rachète Nokia en 2013 et développe le paiement avec la techno NFC.
Facebook a obtenu des autorisations pour services financiers et bientôt les transferts, épargne, paiements factures etc seront dans son portefeuille.
Twitter s’est allié à BPCE via sa filiale S-money qui est à mon avis un bon début.
Samsung, numéro 1 de la vente de smartphones lance avec LG, les barons des CB (mastercard, visa, etc), les chaines de distribution, Paypal le « Grand NFC Korea Alliance » en 2011 pour maitriser le M-commerce.
Je cite tous ces acteurs car il est montré que les détenteurs de smartphones ou téléphones portables sont supérieurs en nombre à ceux qui ont des comptes bancaires. Et que le temps de connexion sur smartphones est supérieur de quatre fois à celui sur machine. Le Sénégal n’échappe pas à ces tendances.
Le marché du transfert n’est pas entre les mains des banques (depuis longtemps d’ailleurs avec les WU, Money Express, Money gram, Wari, etc) et en atteste le projet M-Pesa au Kenya avec Vodafone qui cherche même à exporter le modèle en Europe de l’est et du centre (Roumanie, Pologne, Rep Tchèque, Hongrie, etc). Orange-money est sur cette dynamique, elle qui avait déjà 12 millions de clients en Afrique noire en 2014 et lançant en joint-venture avec visa « Orange Cash » sur les smartphones en France. Ces compagnies de télecoms ont compris la tendance et investissent l’Afrique de l’ouest qui est sous bancarisée et avec des économies désarticulées. Même les télés, radio se sont lancés dans le secteur à HVA ici au Sénégal avec des LampfallCash, Tigocash, etc.
MTN qui a lancé « Mobile-Money » dans 14 pays africains vise le Sénégal et a démarré sa phase « d’amarrage ».
C’est juste dire que des initiatives assimilable à « Compte Nickel » sont lancées partout et proposent des comptes sans banques. Dans une analyse simple, je peux aisément dire que la structure bancaire dans l’UEMOA subira une mutation intégrale avant 2035 avec les systèmes monétaires privés (SEL, crypto monnaies, monnaies complémentaires) et les dynamiques d’intégration en cours qui ouvriront davantage notre espace économique. Imaginez tout ce que feront les smartphones dans 15 ans ?
Le Banking (activités classiques des banques) est en déplacement vers des opérateurs de téléphonies, des sociétés de commerce en ligne et des start-up qui s’inspirent de la pensée néolibérale dans ses 3D (Désintermédiation, décloisonnement, déréglementation). Et la mondialisation pousse la duplication des modèles partout d’où l’attente des géants sénégalais qui vont dupliquer les modèles Paypal, Amazon et autres entreprises en les tropicalisant. Les banques ne sont plus maîtresses dans leurs métiers de base et s’orientent plus dans la finance casino et l’achat d’obligation d’état déconnecté de l’économie réelle. La crise des subprimes l’illustre amplement et depuis l’épisode Chypriote de siphonage des comptes en 2013, il devient dangereux de laisser son argent dans les banques au vu des recommandations du FMI et de la directive européenne (BRRD).
La Poste peut faire mieux qu’une banque tout en récupérant le banking à l’instar des opérateurs d’internet et de télécoms. Elle n’a pas besoin de privatisation pour s’affirmer dans un pays où explosent des opportunités d’affaires surtout dans le commerce P2P, les assurances et la téléphonie.
Il n’est pas question de s’adapter à un environnement évolutif mais il est plus question de tout réinventer sur la base d’une offre nouvelle, d’une garantie étatique et d’une ressource humaine de qualité : une disruption !
La Poste a tous les atouts dans sa manche ; une démarche prospective et entreprenante devient une exigence pour ses cadres s’ils veulent relever le défi de l’existence et ne pas être cannibalisé par des start-up en quête de sang frais.

14 mai 2019
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L’ancien Premier ministre, Abdoul Mbaye et certains de ses camarades de l’opposition ont annoncé l’organisation d’un congrès de la Renaissance démocratique “and dekkil bok”. Mais, cette démarche n’agrée pas le journaliste Adama Gaye qui y voit un échec patent.

« Ce Congres s’est tenu où ? Quand? A l’initiative de qui? Comment ses participants ont-ils été choisis? Trop de zones d’ombres pour un début. Serait-ce le premier congrès caché de l’histoire? Non, vraiment, c’est une bande de tocards qui a marqué un but contre le camp de la nation: médiocrité en se bombant le torse. Tout sauf des démocrates ces zozos qui pensent donc réinventer la démocratie sénégalaise. En pleurer ou en rire ? Enfin, inventons le Tchintchin, tchim !

C’est un mal départ, une sure recette pour une faillite.

Sans même être dans le secret des Dieux, on peut parier que nous sommes en face d’un égoïste, sectaire, amateurisme malgré les termes grandiloquents qui l’enrobent: Renaissance, disent-ils ! Puis, pour être de saison, s’ensuit un titre, en langue locale, sans inspiration: And dekkil Bokk. Comme une pâle copie de l’autre. Aucune femme parmi les signataires. Projet conçu en catimini. Sans en informer ceux qui militent pour la démocratie et la transparence ni avoir été mêlé au régime que ce groupe dit vouloir combattre. Nombre de ses membres sont peu fiables et peuvent être descendus sur les mêmes points faibles du régime illégitime. La Diaspora est royalement ignorée. On a comme l’impression qu’une bande inconsciente de ses tares se lève et croit qu’elle déclenchera un déclic à partir d’une association de noms.
Franchement, la classe politique sénégalaise mérite d’être passée par une chasse d’eau. Puisqu’en face du cauchemar actuel ne semble s’offrir qu’une calamité alternative.
Ce Congrès de la renaissance démocratique -And Dekkil Bokk, c’est du n’importe quoi, puissance prétention et fatuité, j’allais dire amateurisme insultant contre les défis d’une nation qui exigent consultation, collégialité, compétence, congruence, compétence et contenu. J’ajoute: cohérence, consistance, Constance !

Ils ont échoué mais reviennent à la charge comme des bêtes incapables de s’arrêter un moment. On ne répondra pas à la question sénégalaise en s’imaginant être détenteurs de la science infuse. Vous vous trompez d’époque, Messieurs: en ces temps de techtonique des plaques numériques, la politique sera transparente ou ne sera pas. On ne permet à personne de se mettre dans son coin pour penser son projet de salvation et ensuite venir nous fourguer sa camelote. Ça c’est une ère passée!

Bref, vous n’avez pas su lire les oracles. C’est un nouveau monde. Vous êtes des passéistes. À la gestion verticale, révolue. Vous êtes aussi directifs, autoritaristes que l’illégitime sud certains d’entre vous avez servi et que vous nous dites vouloir combattre.
Descendez de votre immérité piédestal, cela s’acquiert avec notre accord : nous voulons être consultés et non informés!

Ce projet est donc mauvais sorti de la tête de vrais connards sans idées ni substance -le pire, sans même le savoir !

Sénégalaises, sénégalais, c’est nous, collectivement, dans un débat ouvert, qui devrons trouver la voie pour inverser le cours perdu de la marche de notre nation »

3 mai 2019
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Sénégalaises, Sénégalais
L’heure est grave. Mais, plus grave encore est le silence pesant qui plane sur notre pays. En effet, depuis la fin de l’élection présidentielle, le Sénégal est plongé dans une situation politique et sociale assez inédite.
Le président de la république adopte une posture inquiétante. Jadis d’une gênante arrogance, il continue dans cette voie en dégageant morgue et suffisance au moment où l’on pensait (naïvement peut-être) qu’il se comporterait en gentleman. Mais, autant l’avouer de suite, la grandeur d’esprit est la marque des grands seigneurs mais n’est pas grand seigneur qui veut. En réalité, Macky Sall ne respecte rien ni personne. Il n’a pas de code d’honneur. Il n’a pas de repères signifiants.
C’est à croire que les contestations qui ont jalonné le processus électoral et qui ont abouti à sa « non reconnaissance » par l’opposition plombent son élan et le poussent dans ses derniers retranchements. Il a entrepris, seul, contre toute attente, des réformes qui s’avèrent dangereuses pour la stabilité politique et sociale du pays. Ces réformes portées par le très féal premier ministre prouvent que le président Sall est dans une logique autoritariste sans commune mesure. Comment, en effet, un président sortant peut-il concevoir une réforme qui « hypertrophie » son pouvoir ? L’ultra présidentialisme qui découle de cette réforme ne sied pas à une démocratie qui naturellement, devrait connaitre une alternance en 2024. La concentration des pouvoirs entre les mains du Chef de l’Etat au sens jacobin entraine à coup sûr une confusion pire que sous Vichy.
Les partisans du chef sont déboussolés, désabusés. Ils sont devenus moins bavards parce que se sentant exclus du champ de la gouvernance. Les alliés « historiques » confondus dans la logique du « gagner ensemble, gouverner ensemble » sont dans leurs étroites semelles. Quoi de plus frustrant que de voir le mépris affiché par le chef d’une coalition à laquelle on tient comme à la prunelle de ses yeux. Moustapha Niasse, dans un ultime baroud d’honneur, a essayé de faire croire, maladroitement, à une concertation sur le projet de réforme. Mais, ce n’est pas vrai. Il cherche tout simplement à se donner bonne conscience et à rendre la pilule moins amère. Pendant ce temps, les honorables Députés du chef déshonorent encore leur position sur fond de billets de Mecque et d’espèces sonnantes. Cette majorité robotique d’une docilité déconcertante vote tout avec en prime des salves d’applaudissements.
A coup sûr, elle voterait même pour sa propre destitution comme ce burlesque Pm pressé d’en finir avec cette réforme qui va l’humilier, lui le Pm qu’il faut « guillotiner » pour…incompétence ou incommodité. Toute cette horde de laudateurs adopte la posture des mendiants des faveurs : têtes baissées, yeux fermés, motus et bouche cousue.
Il faut aussi se désoler et déplorer cette sorte de démission collective de l’opposition et d’une partie de la société civile. Faut-il rappeler que le temps électoral est dans le temps politique. Parce que l’élection est une parenthèse dans la vie politique. Nous avons choisi de faire de la politique.
L’activité doit être continue et pérenne quels que soient les soubresauts et les vicissitudes. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras.
Au contraire, nous devons nous relever rapidement pour faire face à cette situation. Nous devons continuer le combat pour la libération de Khalifa Sall, le retour de Karim Wade, la réforme du processus électoral, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, l’amélioration des conditions d’études des étudiants, l’accès aux services sociaux, le soutien au monde rural …Oui, il y a de la matière.
Il faut enfin s’adresser au Peuple.
Penser que les hommes politiques s’adonnent à « une bataille de singes » ou qu’il s’agit de « querelles entre politiciens » est la pire des analyses. La stabilité voire la survie de notre jeune Nation dépend pour beaucoup de la posture de Macky Sall. Il faut une conjugaison des forces sociales et citoyennes pour barrer la route à cet empereur des temps modernes qui gouverne par la terreur en tenant entre ses mains périssables tous les pouvoirs. Macky Sall ne mérite pas notre confiance. Il doit être combattu.
Au nom de l’idéal démocratique.
Moussa Taye

2 mai 2019
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L’humanité se trouve aujourd’hui sous l’influence de trois phénomènes nouveaux : la mondialisation, l’accélération des découvertes scientifiques et technologiques, et les progrès fulgurants dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. Ces trois phénomènes interagissent et se renforcent mutuellement. Ainsi, l’inclusion véritable d’un pays dans le concert mondial se jauge directement au degré de prise en compte dans sa stratégie de développement de ces réalités nouvelles. Ceci est valable pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) contribuent en effet à augmenter la productivité des entreprises, et partant le potentiel de croissance de l’économie. Elles peuvent également être combinées avec les découvertes scientifiques et technologiques pour donner à ces dernières plus d’efficacité et plus de possibilités (c’est le cas de la télé-médecine). Elles permettent enfin aux citoyens du monde d’étudier à distance et d’élargir leurs connaissances, de faire leurs achats en ligne et de communiquer entre eux.
Mais il s’agit plus que de cela : les TIC exercent un effet systémique sur leur environnement, en ce qu’elles modifient profondément le jeu économique et créent des opportunités nouvelles insoupçonnées, justifiant la désignation de  » nouvelle économie  » qui leur sont attachées. A la fracture sociale, que l’on constate entre ceux qui ont accès au savoir et aux richesses d’une part, et ceux qui en sont dépourvus de l’autre, se superpose désormais une fracture numérique, de plus grande ampleur, séparant les nations qui produisent les contenus technologiques et culturels et celles qui se limitent à les consommer voire qui les ignorent.
Pour des raisons de nature différente, l’Afrique, notre continent, a raté les révolutions technologiques et industrielles des trois siècles passés. Ceci ne constitue pas un handicap insurmontable, puisque des pays, sous d’autres cieux (particulièrement en Asie de l’Est), ont démontré que le rattrapage technologique et économique ( » catch up « ) peut se faire en quelques décennies, à condition de mettre en œuvre les bonnes stratégies.
De surcroît, le bon usage des TIC a la vertu particulière de rendre encore plus rapide le rattrapage, puisque l’avantage accumulé par les pays développés dans les technologies traditionnelles devient en partie obsolète avec les nouvelles facilités permises par les TIC. En adoptant directement ces nouvelles techniques, les pays  » retardés  » peuvent sauter des étapes (« leapfrogging ») et chercher à rivaliser aussitôt avec les plus avancés. Aujourd’hui que les pays africains, le Sénégal en particulier, ont retrouvé la plénitude de leur souveraineté, maîtrisant leur destin et ayant été, à temps, bien sensibilisés aux enjeux de l’heure, ils n’ont pas le droit de rater la révolution numérique qui se déroule sous nos yeux. Sinon, c’est l’avenir de plusieurs générations de fils et filles de notre continent qui serait hypothéqué.
Le Sénégal vise désormais à devenir, à l’horizon 2035, un pays émergent, attractif pour les investisseurs et pleinement intégré dans les flux du commerce mondial. Pour qu’il en soit ainsi, il ne suffit pas que le Sénégal soit simplement compétitif, il lui faut aussi s’approprier les avancées technologiques et numériques. Le Sénégal émergent sera donc numérique ou ne le sera pas.
Le pays l’a bien compris en définissant une Stratégie Sénégal Numérique 2025 (SN2025) dont la Vision est déclinée comme suit :  » le numérique pour tous et pour tous les usages en 2025 au Sénégal, avec un secteur privé dynamique et innovant dans un écosystème performant ». Cette Vision est réaliste, parce que le Sénégal est un pays faiblement peuplé, qui possède une masse critique d’ingénieurs et de cadres, aussi bien en informatique qu’en management, ainsi que des infrastructures modernes et compétitives en matière de télécommunications. Les rapports de l’Union Internationale des Télécommunications soulignent fréquemment ce potentiel, nous plaçant au premier rang des pays d’Afrique subsaharienne en termes de qualité du système de télécommunications et de nombre d’ordinateurs par tête d’habitants.
Pour réussir la mise en œuvre de la Vision ainsi définie, le Sénégal devra travailler sur trois axes : (i) généraliser l’introduction des TIC dans l’enseignement et rendre les citoyens sénégalais familiers avec les TIC ; (ii) promouvoir l’utilisation des TIC dans l’administration et dans les structures productives; (iii) développer un environnement favorable à la création d’entreprises dans le secteur des TIC.
Le premier axe stratégique concerne la connexion à Internet des établissements scolaires. Un schéma directeur pourrait être élaboré à cet égard. Un effort a été effectué pour équiper plusieurs lycées et collèges de moyens informatiques, mais seul un faible nombre d’entre eux (moins de 5%) en bénéficient. Il convient donc de systématiser ce programme, en le généralisant et en l’intégrant totalement dans le cursus scolaire. Des épreuves portant sur les TIC pourraient même être introduites au certificat d’études primaires, au brevet d’études élémentaires, au baccalauréat et au Concours général. La maîtrise de la langue anglaise étant indispensable pour tirer le meilleur profit de l’Internet, sa pratique pourrait être rendue obligatoire dès l’école primaire.
La dotation de ressources budgétaires en faveur de ce programme d’introduction des TIC dans l’enseignement devrait constituer une priorité, sachant qu’il s’agit d’un investissement dont les effets multiplicateurs sont incommensurables. Former un jeune aux TIC revient en effet à en faire demain un citoyen mondial, en phase avec son époque et doté de toutes les capacités pour gagner un emploi et des revenus décents dans la nouvelle économie.
En outre, l’Etat devrait encourager, voire initier lui-même, la création d’universités et d’écoles supérieures orientées vers les TIC et capables de mettre, chaque année, des centaines de spécialistes sur le marché.
Au-delà des élèves et étudiants, ce sont tous les citoyens qui doivent accéder aux TIC, à des coûts compétitifs et dans des conditions de haute sécurité. Le préalable et la première étape d’une telle démarche réside dans l’accélération de la libéralisation (déjà bien entamée) de l’offre d’accès Internet, l’amélioration des incitations offertes aux fournisseurs d’accès, notamment pour ce qui concerne le financement du projet, la fiscalité des équipements, l’accès aux satellites et le niveau des frais à payer à la Société de Télécommunications. Les facilités offertes dans les autres pays pourraient nous inspirer à cet égard.
La seconde étape consiste à ouvrir des centres publics d’accès à Internet dans les foyers de jeunes, les bibliothèques municipales et les centres de quartiers, offrant un accès quasi-gratuit à Internet. Les zones rurales doivent recevoir une attention particulière dans cette stratégie, en jouant sur des technologies appropriées (énergie solaire, moyens mobiles, sites pilotes dans les chefs-lieux de communes rurales et les gros villages, etc.). Notre pays se doit aussi d’encourager les citoyens à acquérir des ordinateurs personnels à domicile, y compris par l’octroi d’un dégrèvement fiscal. A l’instar de certains pays émergents, l’Etat sénégalais pourrait aussi organiser la récupération d’ordinateurs recyclés des pays développés, tout en appuyant l’assemblage informatique sur place.

Le deuxième axe stratégique concerne l’administration qui doit donner l’exemple en matière d’utilisation des TIC et convaincre les entreprises privées de l’imiter. Plusieurs initiatives pourraient être prises à cet égard :
généralisation et mise en réseau des sites publics ;
systématisation de la connexion des différents services et agents de l’Etat, pour leur permettre de travailler en réseau avec les meilleurs centres mondiaux, de s’approprier les meilleures pratiques dans leurs domaines de compétences et de mettre en ligne leurs découvertes ;
construction de bâtiments administratifs « intelligents » ;
généralisation intégrale du téléchargement des formulaires administratifs, des déclarations fiscales et sociales, ainsi que des appels d’offres ;
Promotion des services de paiement électroniques ;
organisation d’un dialogue/forum avec les citoyens-usagers ;
généralisation de l’encadrement du monde rural avec l’utilisation des TIC (gestion des feux de brousse, analyse du sol, choix des meilleures variétés en fonction des données géo-spatiales, diffusion des technologies nouvelles, etc.).
De manière générale, l’Etat pourrait décider d’inclure dans toute politique publique une dimension numérique.
Enfin, notre pays se doit d’exploiter toutes les opportunités offertes par les TIC dans la création de richesses et d’emplois.
Notre pays peut et doit tirer profit des opportunités offertes par l’économie numérique, en mettant en place toute une palette de mesures d’incitation comprenant la conception et la mise en place de sites physiques dédiés au numérique (parcs numériques, à l’image de celui en cours de construction à Diamniadio), l’octroi d’un appui spécifique aux Start-Ups (promotion active du capital-risque, cotation en bourse, encouragement à la mise en place d’incubateurs et de « business angels », etc.) et la promotion de la création de logiciels et de plateformes de commerce électronique (E-commerce). Il importe surtout d’approfondir la politique de déréglementation des télécommunications, de façon à réduire fortement les charges de téléphone et ouvrir, grâce à la concurrence, des perspectives encore plus grandes aux TIC. Nous serons ainsi à même de conclure une alliance stratégique avec les acteurs internationaux les plus dynamiques dans l’Internet, attirer des investissements étrangers et des marchés de sous-traitance (télétravail). Au total, le secteur des TIC deviendrait un gisement important d’emplois pour de jeunes entrepreneurs sénégalais créatifs, dynamiques et qui ont le goût du risque.
Les trois axes stratégiques que je viens d’énumérer pourraient être systématisés dans une Loi de programmation sur l’économie numérique.
En définitive, gagner le pari de faire du Sénégal un pays numérique est largement à notre portée. Il ne suffit pas de le dire. Nous devons, concrètement et sans délai, effectuer les pas décisifs nécessaires dans cette voie. Le développement au fond est affaire de volonté et de détermination. Y parviennent les peuples résolus qui savent saisir, à temps, les opportunités historiques.

PID

30 avril 2019
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« L’ordre souverain du président devenu monarque fait la loi, vaut la loi, est la loi »,

François  Mitterrand, Le Coup d’État permanent, Les Belles Lettres,  Paris, 2010.

Le dictateur romain Sylla (138-78 av. J.-C.), déchaîné par la passion des rivalités politiques qui opposaient les différentes familles nobiliaires enferma Jules César (100-44 av. J.-C.) tout en prédisant aux citoyens de Rome les malheurs et les désastres que son prisonnier causera à la république romaine. L’historien Suétone (69-130 apr. J.-C.), dans Vies des douze Césars, nous rapporte que Sylla qui voulait étouffer le jeune César avait finalement cédé devant l’insistance de ses parents et de ses alliés qui sollicitaient une grâce auprès de lui. Avant de prendre congé de ces ambassadeurs de la clémence et du pardon, il leur dit : « Triomphez et gardez-le, mais sachez que cet homme dont le salut vous est tant à cœur causera un jour la perte du parti aristocratique que vous avez défendu avec moi : il y a dans César plusieurs Marius ». Caius Marius (157-86 av. J.-C.) dont il  est question, fut un aïeul de César et rival de Sylla ; il avait nourri dans le passé des aspirations dictatoriales. De la même manière, nous soutenons qu’il y a en Macky Sall plusieurs démons qui conspirent à ruiner la république. Parce que cet homme considère que « pratiquer l’injustice [est] l’unique moyen de faire acte d’autorité » (Salluste, La Conjuration de Catilina). Toute son intelligence politique repose sur la force brutale et aveugle. Il pourrait faire siennes les paroles du poète grec Accius (170-85 av. J.-C.) : « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! »

Aujourd’hui, ceux qui l’avaient soutenu découvrent subitement avec stupeur la mégalomanie de l’homme assoiffé de pouvoirs, qui en demande toujours, encore et davantage pour être le seul maître à bord du bateau Sénégal et il pourra manger ses concitoyens à la sauce qu’il voudra. Il pourrait avoir pour devise ce vers d’Homère (L’Iliade, II) : « Qu’un seul règne, qu’un seul soit souverain ! » Par conséquent, comme Hélène pour les Troyens, Macky Sall sera pour notre république, cette « nation revêtue de la toge » (Virgile,Énéide, I), une cause de désastre et de ruine, le brandon de la discorde politique. De toute évidence, l’entreprise de garrotter la république vient du cœur de l’État.

Le projet de réforme constitutionnelle de Macky Sall supprimant le poste de Premier ministre nous installe officiellement et constitutionnellement au cœur de la dictature. L’article 52 est plus que dangereux et va être la porte ouverte à toutes les dérives possibles et imaginables. Il dispose : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire national ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ou des institutions est interrompu, le Président de la République dispose de pouvoirs exceptionnels. Il peut […] prendre toute mesure tendant à rétablir le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions et à assurer la sauvegarde de la nation ». Désormais, nous sommes dans une insécurité constitutionnelle totale, à la merci d’un individu qui a lui seul décidera de l’appréciation de la gravité des crises, des vraies crises, des pseudo-crises, des crises provoquées et des crises imaginaires pour prendre les décisions qu’il voudra. C’est pourquoi, contrairement à ce qui été annoncé dans l’exposé des motifs, le président de la République peut bien dissoudre l’Assemblée nationale. Il y a des contradictions et des confusions délibérément entretenues dans le texte proposé aux députés. En vérité, Macky Sall aspire à la dictature suprême.

Le dictateur, durant la république romaine, est un magistrat extraordinaire qui détient les pleins pouvoirs (imperium) pour un mandat de six mois renouvelable. Pendant la dictature toutes les autres magistratures étaient suspendues, sauf les tribuns de la plèbe (magistrats élus pour un an afin de défendre les intérêts des citoyens ordinaires) qui exerçaient le « pouvoir populaire » en s’érigeant en bouclier contre les abus de pouvoir. La réforme de Macky Sall peut déboucher sur la suspension de toutes les institutions sans exceptions aucune. Les pouvoirs démesurés et exceptionnels faisaient du dictateur romain, pater patriae (« père de la patrie »), magister populi (« maître du peuple ») et il pouvait s’affranchir de presque tous les contre-pouvoirs pour prendre toutes les décisions qu’il jugeait utiles pour le bon fonctionnement de la république. Le dictateur bénéficiait d’une grande indépendance par rapport au Sénat, il pouvait punir qui il voulait, sans appel ni au tribunal ni au peuple. En plus, il était irresponsable, c’est-à-dire, il ne pouvait  pas être poursuivi  à la fin de ses fonctions.

Ainsi, la charge de dictateur était créée et reconnue par les institutions romaines. Il ne s’agissait nullement d’une prise de pouvoir par la force. Par conséquent, on n’installe pas une dictature, seulement, par un coup d’État militaire. Par un tripatouillage constitutionnel constant qui dépouille toutes  les autres institutions de leurs prérogatives de contre-pouvoirs pour renforcer les pouvoirs du président de la République, il est bien possible d’introduire dans les constitutions modernes la charge de dictateur.

La présente révision constitutionnelle conférera des pouvoirs exceptionnels à Macky Sall. Elle consacrera définitivement le retour du dictateur et le parachèvement de l’entreprise de « tyranniser l’État » (Philippiques, II) pour reprendre l’expression chère à Cicéron. La seule volonté de Macky Sall est toute la Constitution.  Et toute la Constitution du Sénégal est en lui.  Ainsi, il ne lui restera qu’à reprendre les propos de Jules César qui prononça un jour avec impudence et mépris à l’endroit du peuple romain : « La république n’est qu’un vain mot, sans consistance ni réalité. – Sylla se conduisit comme un écolier quand il abdiqua la dictature -.Il faut désormais que l’on me parle avec plus de retenue et que l’on tienne mes paroles pour des lois » (Suétone, Vies des douze Césars). En vérité, Macky Sall a plus de pouvoirs que le dictateur de la Rome antique, parce que ce denier avait en face de lui, au moins, le tribun de la plèbe qui était une magistrature sacro-sainte dont toute défiance valait une peine de mort.

Les tribuns de la plèbe avaient pour  fonction principale de permettre au peuple de préserver sa liberté contre la domination des grands. Ils garantissaient la liberté des Romains. Ils  pouvaient porter une accusation publique contre  tout abus de pouvoir. Ainsi, ils constituaient un contre-pouvoir solide contre la puissance des grands, « des médiateurs entre la plèbe et le sénat et un obstacle à l’insolence des nobles » (Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, I). Si Rome est restée une république, elle le doit essentiellement aux tribuns. La force d’une république repose sur l’équilibre des pouvoirs. C’est pourquoi, les Romains avaient mis en place trois institutions qui s’équilibraient : les consuls (les Princes), le sénat (les Optimates) et les tribuns de la plèbe (le pouvoir populaire). Le collège des consuls était sous le contrôle du sénat. Les tribuns pouvaient s’opposer au sénat et aux consuls. C’est ce qui fait dire à Machiavel : « On fit une combinaison de trois pouvoirs qui rendit la Constitution parfaite » (Discours sur la première décade de Tite-Live, I). Il devient alors clair que Macky Sall est plus qu’un monarque de droit divin, plus qu’un dictateur romain.

 À l’image des dictateurs de Rome, Macky Sall concentre entre ses mains les fonctions d’imperator (commandant militaire), pontifex maximus (« grand pontife », commandant des religions), préteur (magistrat chargé de la justice) et consul (collège des deux magistrats qui dirigent le sénat). Avec cette nouvelle Constitution, il aura les pleins pouvoirs qui lui permettront demain de suspendre le Parlement, le Conseil constitutionnel et les différents ordres religieux au nom du « fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Suivant les folies de l’empereur Gaius Caligula (qui régna en Rome entre 37 et 41) dans ses dérives, il pourra décider  un jour d’élever son cheval au rang de sénateur dans le prochain Sénat dont la mise en place est annoncée. Le véritable problème que pose cette Constitution de Macky Sall est qu’il n’y a aucun contre-pouvoir face aux pouvoirs exorbitants dont dispose le président de la République. Désormais, le régime politique que nous avons est inclassable.

La toute-puissance du dictateur Jules César n’a pas empêché les Romains ne défendre leur république. En suivant le parallélisme des formes, le peuple sénégalais doit reprendre la lutte pour la sauvegarde de ses institutions démocratiques et républicaines. Nous devons arracher notre république de ces dangers et complots qui pèsent sur elle. Ce dont il s’agit, c’est la défense de la république, c’est la sécurité de notre vie à tous, de nos biens et fortunes, la sécurité de nos enfants et nos familles. En définitive, seule une Constitution démocratique protège les libertés et la dignité humaines.

Lorsque la dictature de César devenait de plus en plus implacable et insupportable pour les Romains, Brutus (85-42 av. J.-C.) adressa une harangue révolutionnaire, restée célèbre et rapportée par Plutarque (Vies parallèles): « J’en veux à mes amis de Rome ; s’ils sont asservis, c’est de leur faute, plus que celle de leurs tyrans, puisqu’ils acceptent de voir se dérouler sous leurs yeux des scènes dont ils ne devraient même pas supporter d’entendre le récit ». Rome est une école pour tous les peuples qui veulent jouir de la liberté. C’est la raison pour laquelle Saint-Just a écrit dans son « Rapport sur la conjuration » (31 mars 1794) adressé à la Convention nationale : « Le monde est vide depuis les Romains ; et leur mémoire le remplit, et prophétise encore la liberté ». Soyons mobilisés comme Brutus et ses concitoyens pour faire barrage à la conjuration actuelle contre la république et la démocratie. Nous devons préférer la liberté avec ses dangers à la tranquillité de la servitude. Le pouvoir arrête le pouvoir, a-t-on l’habitude de dire. Le peuple, le gardien le plus assuré de la liberté, doit user de son pouvoir pour arrêter cette dictature cynique et avilissante. Toutes les républiques sont menacées par la volonté de domination des grands. Elles ne se maintiennent que par la passion des peuples à conserver leur liberté. Nous continuons de croire qu’il y a une grande puissance, une grande force sacrée dans la volonté d’un peuple déterminé à recouvrer sa liberté et sa dignité.

Ayons donc le courage de défendre la république.

Dr Babacar DIOP, Secrétaire général de FDS

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